Les croquettes à base d’insectes pour chiens et chats occupent désormais des linéaires entiers en animalerie. Derrière l’argument écologique, la question nutritionnelle reste ouverte : que contiennent réellement ces produits, et comment se comparent-ils aux croquettes classiques à base de volaille, bœuf ou poisson ? Cet article mesure les écarts sur les critères qui comptent pour la santé de l’animal.
Protéines d’insectes et protéines classiques : tableau comparatif
La farine d’insectes utilisée dans le petfood provient principalement de deux espèces : la larve de mouche soldat noire (Hermetia illucens) et le ténébrion meunier. Leur profil nutritionnel diffère de celui des sources animales traditionnelles sur plusieurs points mesurables.
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| Critère | Farine d’insectes (larve de mouche soldat noire) | Farine de volaille classique |
|---|---|---|
| Profil en acides aminés | Aminogramme similaire à celui de la volaille (source : Dr Éric Charles, FEDIAF/Tomojo) | Référence standard en petfood |
| Taux de cendres | Taux de cendres très faible, pas d’os | Variable, souvent plus élevé (présence d’os broyés) |
| Potentiel allergène | Protéine « novel », potentiellement utile chez les animaux allergiques aux protéines classiques | Bœuf et poulet figurent parmi les premiers allergènes identifiés chez le chien |
| Statut réglementaire UE | Autorisée depuis le règlement (UE) 2021/1372 | Autorisée de longue date |
Le faible taux de cendres constitue un avantage technique réel. Selon le Dr Éric Charles, vétérinaire nutritionniste et ancien président de la FEDIAF, cette caractéristique donne aux formulateurs la liberté d’apporter les macro-éléments minéraux un par un, ce qui permet de maîtriser la balance anion-cation selon l’âge et l’activité de l’animal.

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Allergies alimentaires du chien : protéine novel et limites du concept
Plusieurs associations vétérinaires européennes classent désormais les protéines d’insectes comme des sources protéiques « novel », utiles dans les régimes d’éviction pour chiens allergiques. Le principe est simple : un animal qui n’a jamais été exposé à une protéine a peu de chances d’y être sensibilisé.
Cette propriété fait des croquettes aux insectes une option dans le diagnostic des allergies alimentaires, au même titre que le canard, le kangourou ou le poisson blanc peu courant. En revanche, une nuance s’impose : à mesure que ces produits se généralisent, les animaux y seront exposés plus tôt dans leur vie, ce qui pourrait réduire leur intérêt comme protéine d’exclusion à moyen terme.
Les croquettes hypoallergéniques à base d’insectes doivent aussi être évaluées sur leur composition globale. Une formule contenant des céréales allergisantes ou des additifs nombreux ne résoudra pas un problème cutané, même avec une protéine novel.
- Vérifier que la recette ne contient pas de sources protéiques secondaires (sous-produits de volaille, œuf) qui annuleraient le bénéfice d’exclusion.
- Privilégier les formules avec un nombre limité d’ingrédients, souvent étiquetées « limited ingredient diet ».
- Consulter un vétérinaire avant de basculer sur un régime d’éviction : le diagnostic d’allergie alimentaire repose sur un protocole précis, pas sur un simple changement de marque.
Cadre réglementaire européen des insectes en alimentation animale
Le règlement (UE) 2021/1372 de la Commission, publié le 17 août 2021, a autorisé l’utilisation de protéines animales transformées issues d’insectes dans les aliments pour animaux de compagnie. Avant cette date, l’usage restait juridiquement flou dans plusieurs États membres.
Cette autorisation repose sur des avis de l’EFSA concernant la sécurité de plusieurs espèces d’insectes pour les animaux non ruminants. Elle impose des contraintes précises : traçabilité complète, contrôle des substrats d’élevage et contrôles sanitaires sur les protéines animales transformées.
Ce cadre distingue les croquettes aux insectes vendues en Europe des produits importés hors UE, où les exigences de traçabilité peuvent être moins strictes. Lire l’étiquette ne suffit pas toujours : le pays de transformation de la farine d’insectes et le respect des normes PAT (protéines animales transformées) sont des indicateurs plus fiables que le simple affichage « à base d’insectes ».

Croquettes insectes pour chien et chat : ce que la composition révèle
Un examen des listes d’ingrédients de plusieurs marques (Tomojo, entre autres) montre des formulations très variables. Certaines affichent la farine d’insectes en premier ingrédient, d’autres la relèguent après des céréales ou des féculents.
La position dans la liste d’ingrédients détermine la proportion réelle. Une croquette qui annonce « aux insectes » mais place la farine d’Hermetia illucens en troisième position, derrière le riz et le maïs, contient avant tout des céréales. L’ordre des ingrédients reste le premier réflexe de lecture utile.
Au-delà de la source protéique, les mêmes règles d’analyse s’appliquent qu’aux croquettes classiques :
- Le taux de protéines brutes doit correspondre aux besoins de l’animal (chien adulte, chiot, chat adulte).
- Le rapport protido-calorique compte davantage que le pourcentage brut affiché sur le paquet.
- La présence de graisses animales ou végétales ajoutées influence l’appétence et l’apport énergétique.
- Les marques transparentes publient le détail de leur composition analytique, pas seulement les taux minimaux réglementaires.
Impact environnemental : des données à relativiser
L’argument écologique est le principal levier marketing des croquettes aux insectes. La production d’insectes consomme moins d’eau et de surface agricole que l’élevage bovin, et les larves peuvent être nourries avec des coproduits agroalimentaires.
Ces avantages sont réels, mais ils dépendent fortement des conditions de production. Un élevage d’insectes chauffé artificiellement dans un pays nordique n’aura pas le même bilan carbone qu’une unité située dans une zone tropicale où la température ambiante suffit. Le lieu et le mode de production pèsent autant que le choix de l’insecte.
La comparaison avec le poisson ou la volaille issue de coproduits (abats, carcasses) est aussi plus nuancée qu’il n’y paraît. Ces matières premières, déjà disponibles dans la chaîne alimentaire humaine, ont un coût environnemental marginal faible puisqu’elles seraient autrement valorisées ou détruites.
Le critère le plus fiable pour l’acheteur soucieux d’environnement reste la localisation de l’élevage d’insectes, la nature des substrats utilisés et la transparence du fabricant sur sa chaîne d’approvisionnement. L’étiquette seule ne fournit pas ces informations.
Les croquettes à base de farine d’insectes proposent un profil nutritionnel comparable à celui des formules classiques à base de volaille, avec un avantage technique sur le taux de cendres et un intérêt réel dans la gestion des allergies alimentaires. Le cadre réglementaire européen encadre désormais cette filière. La qualité d’une croquette aux insectes se juge aux mêmes critères que n’importe quelle autre croquette : position de la protéine dans la liste d’ingrédients, composition analytique détaillée et transparence du fabricant.

